La prière ouvre la terre entière à l’activité de l’homme. Par elle, je puis tout aussi bien amener des coeurs à Dieu dans l’Inde et la Chine lointaines que si j’étais là-bas. Les moyens sont, il est vrai, différents, mais le résultat est tout aussi sûr.

J’estime que le plus grand privilège accordé à un homme est de servir Dieu dans ces pays éloignés. Là-bas, en effet, les besoins sont plus grands, les ténèbres plus épaisses et les appels plus émouvants. Si donc un homme peut aller là-bas—heureux homme! s’il a le privilège de se rendre à ce champ d’honneur, il pourra y mettre directement en valeur les cinq pouvoirs que lui confère l’Esprit.

Il n’habite qu’un seul endroit; mais son influence rayonnera en proportion directe de son amour pour son Maître et de sa sympathie pour les déshérités. Qu’il vive en Afrique ou ailleurs, peu importe, car son coeur, en contact avec Jésus, brûlera pour un monde. La prière, voilà ce qui nous met en rapport direct avec le monde entier.

Dans la solitude, dans le secret d’une chambre close, un chrétien pourra vivre une demi-heure en Inde, aussi réellement—mes paroles sont mûrement réfléchies et, tout exagérées qu’elles paraissent, elles n’en sont pas moins vraies—aussi réellement, dis-je, que s’il y était en chair et en os. Si cela est vrai, combien de demi-heures, vous et moi, nous devrions passer, dans la prière, à servir Dieu secrètement! Il suffit de tourner la clef de notre porte, de nous isoler pendant quelques instants, et, grâce au pouvoir de la prière, notre influence pourra être aussi complète en Chine que si nous étions là-bas en personne. Sans doute, notre présence n’est pas visible; mais au point de vue de l’action exercée, au point de vue de l’objet de notre prière, elle est absolument réelle. Par la prière, nous pouvons éclairer d’une lumière nouvelle la page de la Bible que lit quelque indigène d’Afrique; nous pouvons enflammer d’un nouveau zèle le prédicateur ou le professeur; nous pouvons rendre plus accessible aux hommes l’histoire de Jésus-Christ; nous pouvons amener à Christ ceux que l’esprit du mal et une hérédité mauvaise ballottent en tous sens; oui, certainement, nous pouvons leur faire accepter l’Evangile, et, si besoin est, les séparer d’êtres aimés, les lancer dans une nouvelle voie.

J’entends ici l’objection que pourrait formuler un chrétien convaincu: «Si j’étais là-bas, je pourrais influencer mes frères perdus par un contact personnel, par mes paroles pleines de vie».—Certainement, vous pourriez le faire, et plaise à Dieu qu’un plus grand nombre se sentent appelés à payer de leur personne. Mais voici ce que ceux qui peuvent agir là-bas et ceux qui doivent rester chez eux doivent savoir: Peu importe où vous êtes, vous ferez plus par votre prière que par votre personnalité. Si vous étiez aux Indes, vous pourriez, à vos prières, ajouter le poids de votre personnalité et ce serait une belle action à faire; mais que vous soyez là-bas ou ici, vous devez tout d’abord remporter la victoire dans la solitude, gagner chaque pas, chaque mètre, chaque vie, dans le secret de la prière et ajouter alors la puissante influence de votre personnalité. Une fois que vous aurez prié, vous pourrez faire plus que de prier; mais tant que vous n’avez pas prié, vous ne pouvez rien faire de mieux que de faire monter au ciel vos supplications.

C’est là précisément que nous tous, à certaines heures, nous avons fait fausse route, et là aussi que beaucoup, maintenant encore, font fausse route. Nous croyons que là où nous sommes, nous obtiendrons davantage par notre activité et qu’alors la prière nous donnera le pouvoir d’agir. Non! mille fois non! Nous ne ferons rien de vraiment utile et durable si auparavant nous n’avons pas prié.

Lorsqu’un homme est près de moi, je peux lui parler, je peux faire agir ma personnalité sur lui, pour le gagner à ma cause; mais avant de pouvoir influencer sa volonté en faveur de Dieu, si peu que ce soit, il me faut tout d’abord avoir remporté la victoire dans la solitude.

L’intercession consiste à remporter cette victoire sur le chef des ténèbres, et l’action, qui la suit, consiste à s’emparer du territoire dont ce prince a été expulsé. Cette action est limitée dans l’espace, comme la personnalité même qui agit; elle ne s’exerce qu’en un seul endroit; tandis que la prière, sorte de télégraphie spirituelle, met tout homme en relation directe avec le monde entier.

Certains de nos amis croient faire preuve de sens pratique en disant: «La grande chose, c’est le travail; la prière est bonne, excellente, mais l’important est d’agir».

C’est le contraire qui est vrai. Quand on sait ce qu’est la prière et qu’on lui donne la place qui doit lui revenir, on est enflammé, au plus profond de son être, par de nouvelles et puissantes raisons d’agir; on comprend que l’activité qui plonge ses racines dans la prière est la plus capable de toucher le coeur humain; on découvre avec ravissement que l’on peut exercer une action mondiale; on voit enfin son champ d’action devenir aussi large que la pensée du Maître.

A.J. Gordon

A.J. Gordon

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