Les paroles qui précèdent suggèrent l’idée que la vraie vie chrétienne a deux côtés: le côté intérieur et le côté extérieur. A la plupart d’entre nous, le côté extérieur semble le plus grand: vivre, servir, donner, agir, entretenir des relations avec les hommes, lutter simplement pour l’existence quotidienne, tout cela absorbe la plus grande partie de notre pensée et de notre temps. Ces différentes occupations semblent être le but primordial de l’existence, même chez ceux qui croient sincèrement à la vie intérieure.

Mais quand les yeux s’ouvrent, les yeux intérieurs qui voient l’invisible, le changement de perspective est tout d’abord amusant, puis effrayant, puis émouvant. Amusant, à cause du changement de proportions; effrayant, à cause du but poursuivi; émouvant, parce qu’il s’agit d’hommes forts qui sont spirituellement aveugles, et qui, à cause de cela, continuent de gaspiller une force splendide à des futilités.

Le côté extérieur a d’étroites limites; il comprend mille préoccupations: la nourriture et le vêtement, le logement, le temps et l’heure qui passent, l’éducation et l’instruction, les joies de la vie de société et l’adoucissement de la souffrance. Toutes ces préoccupations sont légitimes; elles font partie du tableau de la vie humaine; elles en sont l’arrière-plan matériel.

Le côté intérieur les comprend toutes, mais ses limites s’étendent infiniment plus loin. Elles comprennent le monde entier et l’atmosphère qui l’environne. Le côté intérieur touche à l’esprit; il pénètre les mobiles de nos actions, il pénètre l’amour, il pénètre le coeur; il entre en contact avec les myriades de forces et d’êtres spirituels qui, sans cesse, parcourent la terre, souillant les âmes et les vies des hommes. Il s’élève jusque vers Dieu, coopérant au sublime plan d’amour que le Créateur a forgé pour le monde.

Suivons pendant une journée tel homme qui a adopté la vraie vision des choses. Voici tout d’abord le côté extérieur: un humble foyer où l’on soigne un bébé, où l’on raccommode, où l’on coud, où l’on fait la cuisine; tel homme passera sa vie à peser des marchandises ou marteler le clavier d’une machine à écrire, à contrôler le grand-livre d’une maison de commerce, à huiler les rouages rapides, à brocher sans trêve des feuillets imprimés, à manier le levier d’une locomotive, à pousser la charrue, à veiller sur les fonds publics, à tailler les haies, à écrire d’ennuyeux rapports…, bref, à accomplir toute une série d’actes divers qui doivent être faits sans cesse, jour après jour; actes souvent banals, mais qu’on ne peut éviter, et qui remplissent l’existence de la grande majorité des hommes.

Celui que nous suivons, à son insu, poursuit tranquillement et gaîment son oeuvre, et cela durant tout le jour. Sa face est éclairée, ses yeux illuminés, son pas léger; sa présence et l’esprit qui l’anime transforment les lieux où il vit. Il travaille pour Dieu; disons mieux, il travaille avec Dieu. Il a à ses côtés un Ami invisible dont la présence change tout. La corvée monotone cesse d’être monotone; elle cesse même d’être une corvée, par la simple raison qu’elle est faite pour un Maître si extraordinaire.

Tel est le côté extérieur, le côté étroit de cette vie; étroit, non pas en lui-même, mais comparé avec
l’oeuvre totale.

Et maintenant, silence et attention, car voici le côté intérieur où s’accomplit le plus grand travail de la vie; voici l’instant passé seul avec Dieu, avec la Bible. Tantôt c’est à l’heure matinale qu’éclaire la lampe, car le soleil n’a pas encore doré les monts; tantôt c’est vers le soir, quand le soleil hâte sa course vers l’occident et que l’homme fatigué soupire après le repos. C’est le moment où il voit Dieu face à face; c’est le moment d’une lecture profonde et pieuse; le moment des supplications ardentes et variées, sur un seul thème: «Ta volonté soit faite, au nom de Jésus le Vainqueur». Dieu lui-même est présent dans cette chambre; Il est présent avec Ses anges dans cette retraite qui s’ouvre, spirituellement parlant, sur un espace aussi grand que la terre. L’horizon de cette prière solitaire est aussi étendu que celui du globe, grâce à la présence de Dieu dans cet homme.

Aujourd’hui, cet homme passe une demi-heure en Chine, priant pour les missionnaires de ce pays, ses chrétiens indigènes, ses millions d’habitants; priant pour l’action des traités d’évangélisation; priant pour que le contact personnel du missionnaire et des païens soit béni; priant pour l’influence de la Bible, de l’école, du dispensaire et de l’hôpital. Et, traversant cette prière comme un filigrane d’or, se font entendre ces mots: «Victoire, au nom de Jésus! Victoire, au nom du Christ! aujourd’hui! aujourd’hui! Que Ta volonté soit faite! Que la volonté du Diable soit détruite! Victoire, au nom de Jésus!»

Demain, il consacrera le même temps au Japon peut-être ou à tel autre pays. Ainsi cet homme aux horizons extérieurs si limités, mais dont la vision intérieure ne connaît pas de limites, parcourt le Japon, l’Inde, Ceylan, la Perse, l’Arabie, la Turquie, l’Afrique, les territoires catholiques de l’Europe, les Etats de l’Amérique du Sud; son propre pays avec ses villes, ses frontières, ses bouges; il visite, par la prière, sa propre ville, son Eglise, son voisin; dedans comme dehors, dehors comme dedans, la marée montante de la prière s’avance, calme, sûre, irrésistible!

Voilà la vraie vie chrétienne! Cet homme, au près ou au loin, gagne des âmes, en réveille d’autres, et cela aussi bien que s’il se transportait dans chacun de ces endroits.

Tel est le plan de Dieu. Le vrai disciple de Jésus possède un horizon aussi étendu que celui de son Maître. La pensée de Jésus dominait terres et mers; il en est de même de la prière de son disciple. L’homme dont nous venons de parler ne sait pas les résultats de son intercession… et pourtant il les connaît par la vision que lui donne la foi.

La salle où nous sommes réunis et où nous nous entretenons peut être fermée et si parfaitement obscurcie qu’aucune lumière n’y pénètre. Supposons qu’alors une fente se produise: aussitôt, un mince rayon de lumière s’infiltrera dans la prière. Ce rayon, brillant dans les ténèbres, nous parle à lui seul d’un astre de lumière qui répand ses clartés sur l’univers entier.

L’homme qui prie de même, aura de temps en temps, souvent peut-être, la certitude des transformations accomplies par suite de sa prière. Il y verra le rayon de glorieuse lumière qui nous parle d’un foyer de clarté plus parfait.

L’esprit débordant de joie et d’une divine crainte, d’avoir pu et de pouvoir contribuer à l’oeuvre de Dieu, le coeur plein de paix et de compassion, la vie embellie par la présence invisible du Père, il continuera résolument sa route, le regard fixé vers l’aube du grand jour.

A.J. Gordon

A.J. Gordon

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